11 novembre 2008

la transition

Il y a donc, depuis le 5 novembre, un "président-élu" qui entrera en fonction le 20 janvier prochain. L'élection présidentielle américaine étant au suffrage universel indirect, il faut que les grands électeurs se réunissent pour élire le président (ce sera fait le mercredi suivant le second lundi de décembre), puis que le résultat soit annoncé le 6 janvier. Depuis une loi de 1963, tous les moyens de l'Etat, pendant la période de transition, doivent être mis à la disposition du président-élu, afin qu'il puisse se préparer à ses fonctions dans les meilleures conditions.

Cette période est assez délicate, car le président sortant, appelé "lame duck" (canard boiteux) n'est plus là que pour régler les affaires courantes. Il est d'usage que les décisions importantes soient remises à plus tard, ou négociées avec le président-élu, mais ce n'est pas obligatoire. La question se posait de manière plus aiguë avant 1936, car la période de transition durait jusqu'en mars, voire avril ! C'est à l'occasion de la fameuse élection de 1932-1933, en pleine grande dépression, que la transition fut jugée trop longue et néfaste aux intérêts urgents du pays. Il y avait eu un précédent franchement catastrophique : la transition de 1860, à l'occasion de l'élection de Lincoln. Entre novembre et mars, les Etats du Sud firent sécession, pour former la Confédération sudiste en février 1861. Le président sortant, Buchanan, déplora la sécession, mais ne fit rien (d'autant qu'il était personnellement favorable à l'esclavage). Lorsque Buchanan transmit le pouvoir à Lincoln, les Etats-Unis s'étaient désintégrés. La capitale fédérale étant aux mains des esclavagistes, Lincoln dut y entrer clandestinement le 23 février, en prévision de la cérémonie d'intronisation du 4 mars. Les risques d'attentat contre le nouveau président étaient si élevés qu'il fut protégé par une petite armée de gardes nationaux.439px_Abraham_Lincoln_half_length_seated__April_10__1865

Donc, en 1936, la transition fut réduite de six semaines, de telle sorte que depuis, la cérémonie a lieu le 20 janvier aux alentours de midi. Dans le cas d'Obama, la transition a déjà été soigneusement préparée, par le "Obama-Biden Transition Project", mené par une équipe de vieux routiers de l'administration Clinton. Les préparatifs étaient en principe secrets, mais tout le monde est au courant depuis longtemps, à tel point qu'il y a peu, McCain moquait Obama "en train de mesurer les rideaux de la Maison Blanche". Sur la question de la transition comme tout le reste, Obama n'a pas le goût de l'improvisation. Cependant, il ne souhaite pas donner l'impression qu'il est déjà président, et qu'il agit à ce titre. Il ne sera donc pas présent lors de la réunion du G20 à Washington, mais il donne et donnera son avis à propos de questions urgentes. George Bush semble disposé à faciliter la transition. Tant mieux : lui qui est en compétition avec Buchanan, justement, pour le titre de pire président de l'histoire des Etats-Unis, ne veut pas, de surcroît, concurrencer son lointain prédécesseur en étant le pire "président sortant". Quoiqu'il ne faille jurer de rien.

Photo : Abraham Lincoln à la fin de sa vie. Il laissa pousser sa barbe pendant la période de transition.


Posté par Pap Ndiaye à 19:03 - Commentaires [3] - Permalien [#]

Commentaires sur la transition

    Question: la période de transition durait jusqu'en avril, mais pourquoi? S'il fallait, avant le télégraphe et les trains, aux grands électeurs un certain temps pour se réunir et élire le nouveau président; un certain temps pour que ce résultat soit proclamé et communiqué à tout le pays, un peu de temps pour que l'élu se rend à Washington et mette en place son équipe--mettons quatre à six semaines pour chaque chose, pourquoi avoir fait durer les choses encore au delà de la fin janvier ou début février? C'était vraiment nécessaire?

    Posté par ice-tea, 14 novembre 2008 à 15:21 | | Répondre
  • le printemps

    Oui, c'était vraiment long : une raison pratique que je vous soumets est que l'on attendait le printemps. Les hivers américains étant rigoureux dans le nord-est (avec des routes bloquées par la neige), on attendait le printemps....

    Posté par pap Ndiaye, 16 novembre 2008 à 17:21 | | Répondre
  • Bon, après les élections, tu n'es plus régulier sur ton blog. J'espère que dès janvier, tu nous offriras tes analyses un peu plus régulièrement. Bon séjour à Bamako

    Posté par Joseph, 21 novembre 2008 à 11:40 | | Répondre
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