29 octobre 2008

Devine qui vient dîner ce soir ? un président noir...

Quelques mots d'histoire pour prolonger le précédent post, à propos des lois interdisant les mariages dits mixtes, aux Etats-Unis. Ces interdictions procédaient d'une obsession, celle de la miscegenation, c'est-à-dire le mélange des races, tant on craignait, à l'instar de Gobineau, la contamination raciale de la race supérieure. Cela est évidemment paradoxal, dans la mesure où, pendant l'esclavage, les relations sexuelles par contrainte étaient courantes entre maîtres et femmes esclaves. Les enfants qui naissaient de ces viols étaient des esclaves à peau claire (il pouvait arriver, comme Jefferson sur son lit de mort, qu'on les affranchît, mais c'était rare). C'est la raison pour laquelle, contrairement à ce qu'on pourrait spontanément penser, Gobineau était opposé à l'esclavage : non en raison de principes moraux, mais parce qu'il accélérait, selon lui, le métissage qui lui faisait tant horreur. Comme quoi, il y avait mille et une manières d'être abolitionniste !guess

Bien avant Gobineau (traduit très rapidement aux Etats-Unis à la fin des années 1850) des lois interdisant les mariages dits "mixtes" existaient dans la plupart des Etats du Sud (dès le 18e siècle pour certains), puis elles se généralisèrent par la suite pour concerner vingt-neuf Etats (en pratique tous ceux dont la population noire dépassait 5 %). Il était laissé à l'appréciation de chaque Etat le soin de déterminer qui était une personne de couleur et qui ne l'était pas. En Caroline du Nord, l'appréciation de la présence de "sang noir" était visuelle, tandis qu'en Virginie voisine, un pourcentage précis était stipulé : en l'occurrence un quart de "sang noir". Chaque Etat ajoutait des précisions plus ou moins baroques : en Arizona, le mariage était tout simplement interdit aux mulâtres, tandis que le Mississippi, le Missouri, l'Oregon et l'Ohio prohibaient le mariage entre Blancs et "Mongols" ; entre Blancs et "Coréens" dans le Dakota du Sud, ces derniers étant remplacés par les "Hindous" en Arizona, par les "Chinois", "Japonais" ou "Philippins" ailleurs ! Dans le cas d'Obama, ses parents se rencontrèrent à l'université d'Hawai, où ils étaient étudiants. C'est là qu'ils se marièrent, parce que l'Etat d'Hawai a une tradition libérale en la matière.

C'est seulement en 1967, comme je l'écrivais, que la Cour suprême légiféra. Cela, à la suite de l'affaire Loving : les époux Loving (femme noire et homme blanc) s'étaient rencontrés en Virginie, où ils vivaient, et s'étaient mariés en 1958 là où ils pouvaient le faire, en l'occurrence à Washington, la capitale fédérale. De retour en Virginie, ils furent arrêtés au motif qu'ils dormaient dans le même lit, et furent rapidement condamnés à un an de prison, révocable s'ils acceptaient de quitter l'Etat. Ils déménagèrent donc à Washington en 1959. Mais ils n'avaient pas renoncé : avec l'aide d'associations et d'Eglises, ils lancèrent des procès contre l'Etat de Virginie. D'appel en appel, la Cour suprême des Etats-Unis fut amenée à se prononcer, et déclara unanimement que la loi virginienne violait la Constitution américaine (le 14e amendement en l'occurrence). On nota par la suite un accroissement remarquable du nombre de mariages "mixtes" dans le pays. En 1967 toujours, le film "Devine qui vient dîner ce soir", avec Sidney Poitier, Katharine Hepburn, Katharine Houghton et Spencer Tracy, raconte l'histoire d'un couple "mixte" qui vient dîner chez les parents de gauche (mais opposés au mariage) de la jeune fille blanche. Un joli film, subtil, merveilleusement en phase avec l'histoire. Dans le cas des grands-parents d'Obama, ceux-ci acceptèrent facilement leur gendre noir. Une famille particulièrement tolérante et humaine, des qualités qui semblent bien avoir été transmises à l'enfant né en 1961.

Posté par Pap Ndiaye à 22:52 - Commentaires [1] - Permalien [#]

Commentaires sur Devine qui vient dîner ce soir ? un président noir...

    Un simple merci pour ce blog passionnant. J'ai le souvenir d'avoir bien aimé ce film avec Sidney Poitier.

    PS • Je crois comprendre ce qu'est un rétrolien mais pas du tout un permalien !?

    Posté par Claude Pelletier, 31 octobre 2008 à 18:21 | | Répondre
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