28 octobre 2008

Noir ou pas Noir ?

Alors, Obama, noir ou pas ? Métis ou pas ? Cette question ne relève pas de la nature, mais de la société, et des imaginaires racialisés propres aux Etats-Unis. Dans ce dernier pays, la bipolarisation noir / blanc est bien plus accentuée qu'en France, à l'exception de la Louisiane, où l'influence française et caribéenne a joué pour introduire des distinctions coloristes intermédiaires comme celle de mulatto. En France, il existe donc la catégorie "métis" qui distingue les personnnes de couleur à peau intermédiaire. Par conséquent, Obama, d'un point de vue américain, et donc du sien propre, est Noir. En France, il serait plutôt considéré comme métis. Les deux points de vue doivent ainsi être replacés dans les contextes sociaux où ils prennent sens.

Obama est noir parce que c'est ainsi qu'il est considéré par une majorité écrasante de la population américaine, et par lui-même. Dans sa magnifique autobiographie, Les Rêves de mon père, il raconte comment son identité noire s'est construite, via différentes expériences sociales, à l'école et à l'université notamment. Cela ne signifie pas qu'il ne soit "que" noir, mais il est noir, entre autres aspects de son identité choisie. Il est aussi américain, de père kenyan, de mère du Kansas, de Chicago, etc. Il refuse, comme beaucoup de Noirs, d'être uniquement assimilé à une apparence noire, même s'il ne s'agit pas pour lui de la nier. De la difficulté qu'il y a à être enfant noir dans un monde blanc (c'était son cas la plupart du temps de retour d'Indonésie) il a fait quelque chose.

Etre noir n'est ni le produit d'une nature, ni celui d'une culture, mais c'est le fruit d'un rapport social. Celui d'être considéré comme tel, et éventuellement de se considérer comme tel. En cela, Obama est noir, mais il serait métis en France, et quasi-blanc en Haïti ou en Afrique. Au Ghana, on demanda à Malcom X, assez clair de peau, pourquoi il était engagé dans le mouvement noir alors qu'il ne l'était pas ! On n'est pas noir partout, mais dans des lieux historiquement situés. Il se trouve qu'Obama est donc noir aux Etats-Unis, pour l'essentiel. Et qu'il sera, du point de vue des Américains, le premier président noir de leur pays. Un président atypique à de multiples titres, lui qui est né d'un père noir et d'une mère blanche, à l'époque où les mariages dits mixtes étaient interdits dans trente Etats des Etats-Unis. Il fallut attendre l'arrêt Loving de 1967 pour interdire l'interdiction. Obama avait six ans.

Posté par Pap Ndiaye à 18:14 - Commentaires [3] - Permalien [#]

Commentaires sur Noir ou pas Noir ?

    le camaïeu est-il un assortiment relatif ?

    Iriez-vous jusqu'à soutenir pour paraphraser SdB : "on ne naît pas noir, mais on le devient", question excessivement délicate si on refuse de la mettre en parallèle avec cette autre : "on ne naît pas blanc, mais on le devient"...

    Posté par FO, 28 octobre 2008 à 23:18 | | Répondre
  • Obama, une synthèse vivante?

    Vous avez raison: Obama est un Noir pour la majorité des Américains (blancs) et lui-même se considère comme tel. Pourtant, une bonne partie de la communauté africaine-américaine le considère (l'a considéré) comme "pas vraiment noir", non seulement en raison de sa teinte plutôt claire mais surtout en raison de son histoire personnelle atypique: il n'est pas un descendant d'esclaves et ressemble par son par son parcours scolaire à un Blanc de l'upper-middle class. D'où il ressort, comme vous le dites, que la catégorisation par la "couleur" est notamment aux Etats-Unis l'expression d'un rapport de forces social ancré dans l'histoire. Mais ce qui est frappant chez Obama, c'est cette capacité à transcender ce type de catégorisation non seulement du point de vue politique (il ne se présente pas comme le candidat exclusif des Noirs) et social (il parle aux pauvres et aux classes moyennes), mais aussi culturel (il se com-porte avec beaucoup d'aisance dans des milieux disparates voire antagonistes). Comme il est très bon orateur, certains font de cette "sytnhèse" la marque d'une pure stratégie électorale. D'autres y voient l'émergence concrète (et politiquement rentable) du paradigme multiculturel aux Etats-Unis. Qu'en pensez-vous?

    Posté par Nicolas, 30 octobre 2008 à 19:07 | | Répondre
  • D'accord avec vous sur la capacité d'Obama à transcender les catégorisations habituelles. A lire son autobiographie, encore une fois remarquable, et écrite avant son entrée en politique, on voit que ce n'est pas un positionnement tactique, mais que cela procède d'une réflexion, d'un travail sur lui, sur son identité.

    Posté par Pap Ndiaye, 30 octobre 2008 à 22:22 | | Répondre
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