26 octobre 2008

Obama, candidat des élites ?

La partie des élites américaines la plus soucieuse de l'image des Etats-Unis à l'étranger (des hommes d'affaires des grands groupes mondialisés, des diplomates, des militaires de haut-rang, des chercheurs et professeurs d'université, etc.) porte sur les années écoulées un jugement sévère. Eux savent bien que les Etats-Unis sortent exsangues des années Bush, et que la restauration de leur image sera une entreprise de longue haleine. Ils sont inquiets des répercussions idéologiques, commerciales, politiques et stratégiques des deux guerres engagées en Asie, ainsi que des révélations afférentes : utilisation de la torture, prisons secrètes, bavures militaires, etc. Il est frappant de constater que c'est de ce côté que l'on trouve certaines des appréciations les plus négatives sur la politique américaine. Dès lors, il n'est pas surprenant que ces personnes misent sur Obama pour restaurer l'image de leur pays. Une victoire du Démocrate, espérée par une grande majorité des habitants de la planète, serait saluée universellement, et serait une opération de communication extraordinaire. Voilà que ce pays, si souvent voué aux gémonies, donne une leçon de démocratie en élisant un homme noir ; voilà que le pays de Bush et Cheney est désormais celui de Obama, qui a promis le changement, lui dont l'une des grands mères habite un village du Kenya. De la manière la plus étonnante, les Etats-Unis sont en passe de reprendre la main sur le terrain si important de l'image projetée dans le monde.LasVegas

Bien entendu, il serait naïf de considérer Obama comme un philanthrope œuvrant pour l'humanité, prêt à engager son pays dans un multilatéralisme débridé. Il est un homme politique, bientôt sans doute un président, attaché aux intérêts de son pays, qu'il ne perdra jamais de vue dans les négociations politiques et commerciales. Mais sa vision des intérêts de son pays n'est pas la même que celle de son prédécesseur, et elle coïncide plus avec les intérêts du reste du monde. C'est déjà beaucoup.

Dès lors, il n'est pas surprenant que les personnes dont nous parlons s'apprêtent à voter pour Obama. Le colossal trésor de guerre de ce dernier n'a pas été seulement alimenté par des petites donations. Mais aussi, plus discrètement, par des hommes d'affaires, des grands groupes, par Hollywood aussi. Obama, candidat des élites ? De celles qui sont les plus en phase avec la mondialisation, très probablement. De ce point de vue, on retrouve la typologie établie par l'historien américain Thomas Ferguson entre les hommes d'affaires qui soutenaient le New Deal de Roosevelt et ceux qui s'y opposaient. D'un côté les représentants des firmes les plus exportatrices ; de l'autre ceux des firmes les plus liées au marché national.

Photo : publicité pour le tourisme à Las Vegas

Posté par Pap Ndiaye à 19:27 - Commentaires [5] - Permalien [#]

Commentaires sur Obama, candidat des élites ?

    Je fréquente votre blog pour y trouver des commentaire avisés et incisifs au sujet de cette élection du 04 novembre.Et pour tout dire je ne suis jamais déçu.
    Précisement il me paraissait fragile de ce coté-çi Obama tellement il apparait comme le candidat des élites dans un envirronement et une période durant lesquels la vraie vie ,les vraies valeurs ,les vrais gens ne sont jamais de ce coté-çi. Les élites ont l eloquence suspecte.bien plus pour finir par noyer le poisson que de tenir un discours vigoureux et clair pour tout le monde.
    [ lui il se croit plus malin que les autres) etait le type de propos que rapportait un journaliste du monde l autre jour qui enquetait du cote de l Ohio rurale.En definitive je me posais la question de savoir si ce fait (etre le candidat des élites) n est pas un de ces angles d attaque la Palin par exemple saurait utiliser éevidemment de façon abusive mais qui ferait tilt aupres d'une certaine Amérique?

    Posté par Diao, 26 octobre 2008 à 21:39 | | Répondre
  • Bonjour et bravo pour ce blog qui serre de près les enjeux de cette élection. Je vous trouve tout de même bien optimiste quant a l’issue de ce vote, capital pour les US et la planète : les derniers sondages ne donnent plus que 5 a 6 points d’avance a Obama, ce qui constitue grosso modo la marge traditionnelle d’erreur de l’exercice. Si on ajoute l’effet Bradley, la répugnance de dire tout haut ce que l’on pense tout bas, que jamais on ne votera pour un Noir, il n'est pas illegitime de penser que les jeux sont loin d’être faits…On reste optimiste, mais la bataille sera rude et nécessitera des électeurs démocrates qu'ils soient mobilisés, ‘to a man’...

    Posté par Olivier, 26 octobre 2008 à 22:13 | | Répondre
  • Je vis aux E.U. depuis de longues années et je suis un lecteur de votre blog dont je trouve les analyses dans l'ensemble assez justes, en tout cas bien meilleures que celles que l'on trouve d'habitude dans la presse française (qui semble obsédée par les questions raciales). Mais je crois que ce billet tombe vraiment à côté de la plaque . Les américains se soucient assez peu de leur image dans le monde. Oui, les médias publient sans cesse des sondages qui montrent que l'image des EU est très dégradée mais cela sert plutôt à créer une attitude de défiance ("defiance"). Dans l'imaginaire américain, les EU se sont construits contre l'europe et le monde. Les EU sont un refuge contre les passions exterieures. L'europe est vue comme le continent instable des passions et dérapages politiques, le continent des fascismes et socialismes, un continent qu'il faut venir sauver tous les 50 ans. L'image des EU etait très mauvaise au moment de la guerre du Vietnam et des missiles Pershing, et pourtant les USA ont perseveré, contre les opinions publiques capitulardes, et ont confronté l'URSS ce qui à abouti à son effondrement. Donc, dans l'espace politique américain, ce que pensent les européens ou les Nations Unies, on s'en fout pas mal. Vous avez tort à mon avis de sous-estimer cette attitude qui est vivace même chez les démocrates. On gagne très peu de voix dans les élections américaines en disant que l'on va améliorer l'image du pays, on peut en gagner bien plus par contre en disant que l'on va proteger les interêts américains quoiqu'en pensent les européens et l'ONU. Voilà mon avis, veuillez excuser les fautes de français.

    Posté par Alain, 26 octobre 2008 à 22:22 | | Répondre
  • un continent qu'il faut venir sauver tous les 50 ans. L'image des EU etait très mauvaise au moment de la guerre du Vietnam et des missiles Pershing, et pourtant les USA ont perseveré, contre les opinions publiques capitulardes, et ont confronté l'URSS ce qui à abouti à son effondrement.
    Posté par Alain, 26 octobre 2008 à 22:22
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    Vous conviendrez que cette vision du monde est inquietante par son reductionisme: il serait facile de demontrer que les USA ne sont pas venus au secours de l'Europe par philanthropie, surtout lors de la seconde guerre mondiale (Pearl Harbour et la menace dans le Pacifique, l'Amgot, les benefices de l'economie de guerre, etc.) et que l'URSS et ses satellites ont tout simplement implose,with a little help des US et de leurs allies certes, mais aussi et surtout a cause des failles inherentes au systeme.
    En revanche, on peut s'interroger utilement sur ce qu'ont fait les EU de 18 ans de leadership mondial inconteste:le bilan est assez catastrophique, les mauvaises habitudes (on tape d'abord, on discute apres, comme a l'epoque de la Big Stick Policy) sont revenues, et ce ne sont plus seulement les opinions publiques de gauche en occident ou dans les pays pauvres qui sont anti-americaines, mais l'immense majorite des habitants de la planete, dont certains sont
    autrement plus retors que les peacenicks des annees 60-70...
    Quel echec! Meme a l'epoque de la guerre du Vietnam l'opposition a la politique US n'atteignait pas le degre d'hostilite actuel, sans precedent. Il suffit d'avoir voyage assez longuement ou vecu au Moyen Orient ou en Asie pour mesurer la virulence du sentiment anti-americain et les 'bonnes raisons' qui l'expliquent.
    Ironiquement, l'effondrement economique qui s'amorce et le repli sur soi qui ne manquera pas de l'accompagner vont retirer a l'Amerique le soutien pragmatique de ceux qui croyait beneficier des opportunites theoriquement illimitees qu'elle offrait/pretendait offrir...
    Pas de quoi se rejouir.

    Posté par Olivier, 27 octobre 2008 à 11:31 | | Répondre
  • Vous aurez noté un article du "Monde" daté du 30 octobre sur les "élites qui votent Obama". C'est en effet un angle d'attaque possible pour les Républicains, mais ils sont en trop mauvais état pour s'en saisir, et ils sont eux-mêmes liés à d'autres segments des élites américaines.

    Posté par pap ndiaye, 29 octobre 2008 à 21:01 | | Répondre
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