23 octobre 2008

comment devenir président

Puisque Obama et McCain sont tous deux sénateurs, le futur président sera un ancien sénateur. Voilà une banalité, direz-vous. Mais non ! Depuis Kennedy, aucun président américain n'est directement issu des rangs sénatoriaux ! Johnson était vice-président quand il devint président de manière impromptue ; Nixon avait provisoirement quitté la politique active (depuis son échec à l'élection de gouverneur de Californie en 1962) quand il fut élu en 1968 ; Carter était gouverneur de Géorgie ; Reagan gouverneur de Californie ; Bush senior vice-président ; Clinton gouverneur de l'Arkansas ; Bush gouverneur du Texas. Bref, le Sénat ne constitue plus la voie évidente pour devenir président des Etats-Unis. Le sénat compte nombre de recalés de la présidentielle, comme Kerry en 2004, ou Dole en 1996, ou McGovern en 1972. Ce sont donc les gouverneurs qui tiennent le haut du pavé politique présidentiel, alors que cette fonction est historiquement vue comme moins importante que celle de sénateur.pres_harding

Une explication à ce phénomène tient à la nature des arguments développés par les aspirants à la Maison Blanche. Ils se présentent généralement comme des hommes de la "vraie" Amérique, qui ont bien l'intention de réformer les mœurs politiques dévoyées de la capitale fédérale. Ce discours populiste a eu beaucoup d'efficacité, et il est encore présent dans la bouche des deux candidats actuels, en dépit de leur installation, ancienne ou récente, à Washington. Faire partie du sérail washingtonien est un désavantage lorsqu'il s'agit de conquérir la Maison Blanche. Il vaut mieux paraître comme un outsider, un gouverneur proche des réalités concrètes, comme se présente aujourd'hui Sarah Palin, gouverneur de l'Alaska. On peut aussi avancer un autre argument : un sénateur est politiquement plus visible et plus exposé, et susceptible de dresser plus d'oppositions dans son parti lors des primaires qu'un gouverneur, parfois obscur (c'était le cas de Clinton en 1992), et dès lors plus consensuel…

Dans la première moitié du 19e siècle, le poste-tremplin pour la présidence était celui de "Secretary of State" (ministre des affaires étrangères). Entre 1801 et 1841, cinq des six présidents avaient préalablement servis comme Secretary of State, Depuis 1841, seul un président occupa cette fonction (Buchanan, président entre 1857 et 1861). Par la suite, quinze présidents servirent préalablement comme sénateurs (pour la plupart pas directement), seize gouverneurs et quatorze vice-présidents. Au 20e siècle, seuls deux sénateurs en fonction furent élus présidents (Harding en 1920 et Kennedy en 1960). Etre ministre, aux Etats-Unis, est un parfait cul-de-sac politique : un ministre américain a très peu de chances de devenir président, contrairement à la France, où les présidents ont tous exercé des fonctions ministérielles avant de s'installer à l'Elysée. Condoleeza Rice et Colin Powell le savaient, et ils n'ont pas cherché à briguer la fonction suprême. Etre sénateur sortant, ce n'est pas l'idéal non plus.

Vous voulez devenir président des Etats-Unis ? Commencez par devenir gouverneur ! C'était globalement vrai jusqu'en 2008. A tous les égards, cette élection est décidément bien inhabituelle…

image : Warren Harding, élu président en 1920, mort en 1923, premier sénateur à passer directement du Sénat à la Maison Blanche. Kennedy suivra en 1960, Obama, sans doute, en 2008.

Posté par Pap Ndiaye à 23:09 - Commentaires [3] - Permalien [#]

Commentaires sur comment devenir président

    Nixon ?

    Je crois qu'il y a un bug dans ce post, "l'échec de Nixon au gouvernorat en 1992", un problème de date à corriger sans doute.
    Cela dit, le blog est fort intéressant, précis et assez original.
    Puis-je me permettre de féliciter Pap NDiaye pour son magnifique opus sur l'histoire de la condtion noire en France, ça n'a peut-être rien à faire ici, mais peut-être un tout petit peu quand même...
    Mes encouragements...

    Posté par Fr. Ocqueteau, 24 octobre 2008 à 17:23 | | Répondre
  • oops

    Merci à vous pour avoir détecter cette étourderie ! J'ai corrigé : c'est bien 1962 qu'il fallait lire.
    Et merci pour votre commentaire sur mon livre : en effet, ce n'est pas tout à fait hors-sujet....

    Posté par Pap Ndiaye, 24 octobre 2008 à 18:23 | | Répondre
  • Obama, noir et terroriste?

    Bonjour Pap. Peut-être pourriez-vous consacrer un post à la "couleur" d'Obama (considéré comme le possible premier président "noir" alors qu'après tout il est métis, mi-blanc, mi-noir) selon ce que vous disiez du colorisme dans La Condition noire. Peut-être aussi un autre post à l'évolution du "ton" des campagnes présidentielles américaines notamment dans les clips TV (Obama en est aujourd'hui la victime, mais McCain le fut aussi en 2000). En tout cas merci pour cet excellent blog, agréable et informatif.

    Posté par Nicolas, 25 octobre 2008 à 20:35 | | Répondre
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