22 octobre 2008

avant l'heure c'est déjà l'heure

Savez-vous que les Américains peuvent voter par avance dans plus de trente Etats ? Voter par avance signifie que les enveloppes contenant les bulletins de vote sont stockées en lieu sûr, sans être ouvertes avant le 4 novembre au soir. Cette procédure, de même que celle du vote par correspondance, a pour objectif de favoriser la participation électorale. L'élection ayant lieu le premier mardi de novembre, jour de semaine non chômé, il n'est pas toujours facile de trouver le temps de voter, même si les employeurs sont tenus de laisser leurs employés se rendre au bureau de vote. On se souvient qu'il y a quatre ans, des queues interminables purent dissuader certains de voter, ou bien retarder la procédure au-delà de l'heure limite. Bref, voter par avance (c'est le "early ballot") c'est plus sûr ! Cela autorise des choses un peu étranges, pardonnez-moi cette remarque morbide : une personne peut voter, mourir avant le 4 novembre, et son vote comptera, puisqu'il n'est pas possible de s'assurer de la situation biologique d'un tiers de l'électorat ! Comme quoi, les morts peuvent voter légalement aux Etats-Unis…early

Il est possible qu'un tiers des électeurs votent ainsi avant le 4 novembre, un pourcentage en hausse par rapport à 2004 (22 %), 2000 (16 %), ce qui témoigne d'une motivation civique évidente. Quels sont les effets possibles du vote par avance ? Logiquement, le vote tend plutôt à favoriser le candidat qui est en tête dans les sondages (qui mesurent l'opinion à un instant T). Mais c'est plus compliqué : d'après le "New York Times", les premiers sondages menés auprès de celles et ceux qui ont voté indiquent certes une tendance en faveur d'Obama dans le Nevada, mais ce n'est pas vrai en Floride, tandis que les électeurs du Colorado semblent divisés. Dans le cas de la Floride, la machine républicaine est bien huilée, et organise le transport des électeurs, particulièrement les personnes âgées (très nombreuses dans cet Etat) vers les bureaux de vote. En revanche, en Caroline du Nord, Obama serait largement en tête, dans des proportions étonnantes. Ce ne sont plus seulement les électeurs âgés qui votent (ce qui favorise en général le Parti républicain), mais des jeunes, des familles avec des jeunes enfants, etc (c'est bien pour les Démocrates).

Un autre effet est que les votes par avance gèlent la décision de l'électeur : quels que soient les événements qui auront lieu d'ici au 4 novembre (révélation sur un candidat, faux-pas spectaculaire, crise majeure, etc.) il ne peut revenir sur sa décision. Cela dessert objectivement McCain, qui est à la traîne. D'où les encouragements de Obama et de ses conseillers à voter dès maintenant là où c'est possible, alors que McCain est très discret là-dessus.

Posté par Pap Ndiaye à 22:55 - Commentaires [6] - Permalien [#]

Commentaires sur avant l'heure c'est déjà l'heure

    quels effet sur le résultats ?

    Si les électeurs ont connaissance des sondages "sorties des urnes" avant d'aller voter, dans quelle mesure cela les influence-t-il ? En France on n'a pas le droit de donner ces informations avant la fin du vote. On peut penser que ça mobilise les électeurs du camp dont le candidat est en mauvaise posture et que ça relâche ceux dont le candidat paraît bien parti et qui se disent que ce n'est pas la peine d'aller voter.
    Imaginons qu'à 19h le 21 avril 2002 ont ait eu ces sondages sorties des urnes, peut-être que tout aurait été très différent...

    Posté par lachapelle, 22 octobre 2008 à 23:11 | | Répondre
  • ( Juste pour vous dire merci pour cet excellent blog )

    Posté par xong, 23 octobre 2008 à 10:47 | | Répondre
  • Dans quel mesure l'avenir ressemble au passé?

    Le problème des sondages sortie des urnes est finalement le même que celui de toutes les sondages: on ne dit pas forcement ce que l'on a fait / va faire. Toutes choses égales par ailleurs on "ment" d'autant plus facilement que l'intention ou l'acte (de voter) que l'on vient d'effectuer est extrême ou plus simplement tranche avec la tête que l'on a... Donc un blanc qui a l'air "red-neck" ne dira pas facilement qu'il a voté pour un noir par exemple.
    A la question de savoir quel effet les sondages sortie des urnes aurait changé le 21/04/02; peut-être rien, dans la mesure où les sondeurs n'avaient pas accès aux bulletins mais aux déclarations sur ce que les électeurs venaient de faire. A ce moment-là il aurait encore fallu que les sondeurs fassent les bonnes corrections, c-à-d multiplient par un coefficient de correction (dont la validité ne peut être vérifié qu'après coup)le vote Le Pen et le vote Jospin (et tous les autres par la même occasion).
    Très compliqué tout ça...

    Posté par ice-tea, 23 octobre 2008 à 10:51 | | Répondre
  • C'est vrai que les sondages sortis des urnes ne sont pas entièrement fiables ; peut-être plus que les intentions de vote, non? En tout cas, il me semble qu'il faut surtout regarder les sondages en tendance, dans leurs évolutions.

    Posté par Pap Ndiaye, 24 octobre 2008 à 10:23 | | Répondre
  • Bon, faut lire Bourdieu, mais si je me souviens un peu de ce qu'il voulait dire...

    Il est possible que les sondages sortie des urnes soient plus fiables que les sondages portant sur les intention de vote. Mais à quoi c'est dû? Est-ce que l'évolution de l'opinion est juste une "évolution" ou une "cristallisation". Dans le premier cas les opinions évoluent sans cesse et ne se figent jamais--on pourrait vraiment instaurer une démocratie de l'opinion, ne jamais voter et sonder les gens à intervalles régulières. Une élection le samedi donnerait un résultat différent si elle était organisée le dimanche. Dans le deuxième cas l'évolution de l'opinion est un processus de création de qqch qui n'existe pas en dehors de cette période électorale. Les personnes interrogées sont dans un processus de formation de leur opinion qui se termine lors de l'élection. Le statut de ce qui est sondé n'est pas tout à fait le même dans les deux cas. Lequel est vrai ou même plus vraisemblable?

    Posté par ice-tea, 24 octobre 2008 à 20:32 | | Répondre
  • Attention, c'est pas encore gagné

    Je pense que toutes ces considérations n'ont qu'une incidence à la marge... Si BO a 10 points d'avance dans les sondages actuels, à la fin il l'emportera de 2 points. Le probluème n'est pas là, la question est de savoir si ceux qui ne votent jamais vont le faire et dans quelle proportion... Or, ce sont les plus pauvres, les plus marginalisés, les plus ethnicisés. La portion d'entre eux qui vote habituellement le fait massivement vesr le candidat républicain. Ce queles sondeurs ne nous disent jamais c'est ceci : quelle serait la part de ceux qui ne votaient jamais s'apprétant, avec certitude, à voter pour la première fois de leur vie. Et parmi ce pourcentage, quel serait le ressort essentile de cette nouvelle motivation câd le calcul cout-bénéfice consenti dans cette nouvelle frange, ce qui esxpliquerait du même coup, l'orientation de son vote. Il me seble que la question de savoir si l'incertitude des votes liée à un racisme qui ne s'avouerait pas aux sondeurs, est presque secondaire par rapport à cette considération... S'il n'y a pas plus de votants qu'à l'habitude, Barak l'emporte de très peu. S'il y en a beaucoup plus qu'à l'habitude, rien n'est pas joué : car il faut compter avec l'effet conjugué du vote de pauvres qui entendraient avant tout se sentir "américains" petits-blancs (contre une bourgeoisie démocrate noire) + le réveil de quelques fondamentalismes chrétiens jusqu'à présnt peu enrégimentés)...
    J'espère sincèrement que cette analyse sera démentie. Je préfèrerais personnellement que ldes masses non votantes ne se mettent pas à voter en masse, car on aurait des surprises fort désagréables... RV en novembre !... Alea jacta est.

    Posté par Fr. Ocqueteau, 25 octobre 2008 à 20:17 | | Répondre
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