28 septembre 2008

des hauts et débats

Le premier débat entre McCain et Obama vient d'avoir lieu, à Oxford, Mississippi, petite ville du Sud profond surtout connue pour être le site de l'université du Mississippi (surnommée "Ole Miss", jadis vieux bastion de la ségrégation), et que hante encore le souvenir de Faulkner, son habitant le plus célèbre…
Les débats entre candidats à l'élection présidentielle américaine sont anciens. Le premier d'entre eux eut lieu en 1960, entre Kennedy et Nixon, mais il y eut quelques précédents. Le premier débat politique public eut lieu en 1858 entre Abraham Lincoln et Stephen Douglas, avec en jeu un siège de sénateur de l'Etat d'Illinois, avant que les deux hommes ne s'affrontent électoralement à nouveau, deux ans plus tard, pour la Maison Blanche. Les sept débats entre Lincoln et Douglas furent pour bonne part centrés sur la question de l'esclavage (Douglas en était un partisan) et ils furent de si bonne tenue qu'ils parurent en un livre qui assura la popularité des deux hommes et les mit sur rampe de lancement présidentielle. Au passage, on notera les grandes qualités littéraires et intellectuelles de Lincoln : ses textes sont des classiques de la science politique et de la langue anglaise.

Depression
image d'Epinal du débat entre Lincoln et Douglas

Après ces deux pionniers, il fallut attendre l'après-Seconde Guerre mondiale pour que les débats s'installent progressivement dans les campagnes présidentielles américaines. D'abord entre candidats à la candidature, lors des primaires : ce fut le cas en 1948 puis en 1956. Puis entre les deux finalistes en 1960. Parallèlement, la télévision s'était installée dans les foyers américains, de telle sorte que le débat de 1960 était doublement inédit.
Le débat eut lieu le 26 septembre à Chicago, dans les locaux de CBS. Nixon, mal conseillé, accumula les erreurs d'image. Son costume gris se confondait avec le décor, son maquillage dissimulait mal une barbe naissante, et son épuisement (il venait d'être hospitalisé) lui donnait un air un peu hagard. Face à lui, Kennedy apparaissait alerte, dynamique et confiant. Il est impossible de savoir si ce débat fut un tournant dans la campagne, mais il est raisonnable de penser que Kennedy en sortit à son avantage, et qu'il contribua donc à sa victoire. Mais dans quelle proportion exactement ? Nul ne sait !
Nouveau débat en 1976, après une interruption due à des désaccords entre les états-majors des candidats, cette fois-ci entre Ford et Carter : il y en eu même trois, pour couvrir un vaste ensemble de questions. C'est lors du second d'entre eux que Ford eut un moment d'égarement : "Il n'y a pas de domination soviétique sur l'Europe de l'Est, et il n'y en aura jamais sous mon administration", affirma-t-il. Cette phrase suffit-elle à le faire perdre (de justesse, d'ailleurs) ? C'est ce qui est souvent dit, mais en vérité, personne ne sait vraiment…
En fait, un débat télévisé donne lieu à un autre débat, interprétatif celui-là : chaque camp se proclame vainqueur (en distribuant des argumentaires préparés à l'avance dès la prestation de leur champion terminée). Quant aux commentateurs et aux journalistes, ils sont généralement assez prudents et divisés. Oui, mais les sondages, me direz-vous ?  Les sondages sont souvent contradictoires, et ils font état d'impressions, pas nécessairement d'intentions de vote… La triste vérité est donc celle-ci : personne n'a aucune certitude sur l'effet politique des débats présidentiels, et c'est très bien ainsi. A quoi servent-ils donc ? A éclairer les électeurs, sans doute un peu ; mais surtout à dramatiser la campagne, à lui donner un piment excitant, sous la forme d'un combat antique entre orateurs (parfois décevants), une sorte de mise en scène de la démocratie.

Posté par Pap Ndiaye à 22:59 - Commentaires [0] - Permalien [#]

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