Elections américaines vues par Pap Ndiaye

25 novembre 2008

De Bamako

Bonjour ! Désolé pour le laps de temps qui s'est écoulé depuis mon dernier post. Je reviens d'un séjour au Mali, à Bamako. Lors d'une rencontre avec des lycéens (lycée privé de Bamako, enfants de la classe moyenne : commerçants, fonctionnaires), le sujet américain est venu rapidement sur le tapis. Tous ont suivi l'élection américaine, via internet (ils ne lisent pratiquement pas la presse locale). Ils regardent les sites français, et discutent en ligne sur les sites habituels en langue française. Ils se sentent fiers de Obama, m'expliquent-ils, en raison de ses origines africaines. Et ils espèrent qu'il fera quelque chose pour l'Afrique. Ils me demandent s'il vaut mieux être noir en Amérique ou en France. Bonne question ! P1020101Et puis une question vient à propos d'un président noir en France : c'est impossible disent-ils, c'est un choeur unanime. Pourquoi serait-ce impossible en France alors qu'Obama vient d'être élu aux Etats-Unis, demandé-je. Tous veulent parler en même temps, moi qui imaginais les lycéens africains sous la férule de leurs maîtres, avec une éducation à l'ancienne, eh bien pas du tout ! L'un d'eux explique qu'il voudrait être président de la France, sous les rires des autres. Je leur demande alors s'ils ont des projets d'études à l'étranger (sachant par leur censeur qu'ils viennent de miieux où cela est possible et relativement courant). Certains me parlent du Maroc, d'autres de la France, et la plupart des Etats-Unis. Est-ce un effet Obama ? Oui, ils veulent aller aux Etats-Unis parce qu'il y a un président noir là-bas... Naïvetés lycéennes ? Peut-être, peut-être pas : il est possible que la migration africaine s'accroisse encore en direction des Etats-Unis.

Depuis 1990, plus d'Africains entrent annuellement aux Etats-Unis qu'à aucun moment de leur histoire, y compris durant la traite négrière (chaque année environ 50 000 migrants africains légaux s'installent aux Etats-Unis, contre environ 30 000 esclaves africains importés annuellement pendant les années de traite intensive, au 18e siècle). A New York, un Noir sur trois est né à l'étranger. Il existe un quartier "Little Senegal" du côté de la 116e rue à Harlem, et d'autres quartiers à Brooklyn et dans le Bronx où la population africaine est très importante. Mais les universités américaines ont su attirer des étudiants africains, via des fondations qui prospectent dans différents pays d'Afrique, et des bourses spécifiques. Les Etats-Unis se réafricanisent. L'Afrique s'américanise (et les Français commentent).

Il est donc bien possible que parmi la cinquantaine de jeunes gens devant moi dans ce lycée, aux yeux pétillants d'intelligence, de curiosité, quelques-uns partent aux Etats-Unis (ou au Canada) pour des séjours plus ou moins longs, et que s'intensifient les relations entre le Mali et l'Amérique du Nord. Celles qu'incarne le professeur de littérature comparée de New York University Manthia Diawara, par exemple, ou l'astrophysicien malien de la NASA, Modibo Diarra (dont tout le monde me parle, au Mali).

Au même moment, la France s'efforce de faire signer au Mali un accord facilitant l'expulsion des Maliens sans-papiers installés en France. Obama, Diarra et les autres d'un côté ; Hortefeux de l'autre : je comprends bien ce que les lycéens du lycée du Progrès de Bamako veulent me dire. J'en ai même été très ému.

Photo : lycéens du lycée Le Progrès, à Bamako.


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11 novembre 2008

la transition

Il y a donc, depuis le 5 novembre, un "président-élu" qui entrera en fonction le 20 janvier prochain. L'élection présidentielle américaine étant au suffrage universel indirect, il faut que les grands électeurs se réunissent pour élire le président (ce sera fait le mercredi suivant le second lundi de décembre), puis que le résultat soit annoncé le 6 janvier. Depuis une loi de 1963, tous les moyens de l'Etat, pendant la période de transition, doivent être mis à la disposition du président-élu, afin qu'il puisse se préparer à ses fonctions dans les meilleures conditions.

Cette période est assez délicate, car le président sortant, appelé "lame duck" (canard boiteux) n'est plus là que pour régler les affaires courantes. Il est d'usage que les décisions importantes soient remises à plus tard, ou négociées avec le président-élu, mais ce n'est pas obligatoire. La question se posait de manière plus aiguë avant 1936, car la période de transition durait jusqu'en mars, voire avril ! C'est à l'occasion de la fameuse élection de 1932-1933, en pleine grande dépression, que la transition fut jugée trop longue et néfaste aux intérêts urgents du pays. Il y avait eu un précédent franchement catastrophique : la transition de 1860, à l'occasion de l'élection de Lincoln. Entre novembre et mars, les Etats du Sud firent sécession, pour former la Confédération sudiste en février 1861. Le président sortant, Buchanan, déplora la sécession, mais ne fit rien (d'autant qu'il était personnellement favorable à l'esclavage). Lorsque Buchanan transmit le pouvoir à Lincoln, les Etats-Unis s'étaient désintégrés. La capitale fédérale étant aux mains des esclavagistes, Lincoln dut y entrer clandestinement le 23 février, en prévision de la cérémonie d'intronisation du 4 mars. Les risques d'attentat contre le nouveau président étaient si élevés qu'il fut protégé par une petite armée de gardes nationaux.439px_Abraham_Lincoln_half_length_seated__April_10__1865

Donc, en 1936, la transition fut réduite de six semaines, de telle sorte que depuis, la cérémonie a lieu le 20 janvier aux alentours de midi. Dans le cas d'Obama, la transition a déjà été soigneusement préparée, par le "Obama-Biden Transition Project", mené par une équipe de vieux routiers de l'administration Clinton. Les préparatifs étaient en principe secrets, mais tout le monde est au courant depuis longtemps, à tel point qu'il y a peu, McCain moquait Obama "en train de mesurer les rideaux de la Maison Blanche". Sur la question de la transition comme tout le reste, Obama n'a pas le goût de l'improvisation. Cependant, il ne souhaite pas donner l'impression qu'il est déjà président, et qu'il agit à ce titre. Il ne sera donc pas présent lors de la réunion du G20 à Washington, mais il donne et donnera son avis à propos de questions urgentes. George Bush semble disposé à faciliter la transition. Tant mieux : lui qui est en compétition avec Buchanan, justement, pour le titre de pire président de l'histoire des Etats-Unis, ne veut pas, de surcroît, concurrencer son lointain prédécesseur en étant le pire "président sortant". Quoiqu'il ne faille jurer de rien.

Photo : Abraham Lincoln à la fin de sa vie. Il laissa pousser sa barbe pendant la période de transition.


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09 novembre 2008

Le style d'Obama

On me demandait l'autre jour ce qui distinguait Obama des hommes politiques afro-américains des Etats-Unis. La première chose qui me vient à l'esprit est que Obama "passe". Dans la langue anglo-américaine, "passer" signifie être accepté par le monde majoritaire, ne pas susciter d'opposition tranchée et immédiate. Donc Obama "passe", tandis que Jesse Jackson, par exemple, ne "passe" pas. D'abord, la langue : cela vous surprendra peut-être, mais un Américain peut aisément reconnaître à l'oreille un de ses compatriotes noirs. Il y a un accent, des tournures, des mots qui sont propres aux Noirs, un "Black English" qui a fait l'objet d'études linguistiques et d'un dictionnaire. Les spécialistes discutent à propos de ses influences linguistiques africaines (par exemple le verbe "être" pour signaler une action : "he be workin' on Mondays").martin_luther_king

Le "Black English" est un peu différent selon les régions, il peut être empreint de l'accent traînant du Sud ou de l'accent gouailleur de Brooklyn, mais il est bien identifiable. Les jeunes élites noires ont souvent perdu cette particularité linguistique (ou bien la résevent au cercle familial et amical), tandis que Obama ne l'a jamais eue. Plus exactement, il raconte dans son autobiographie comment il s'identifia au monde noir américain, jusqu'à pratiquer assidûment le basketball, adopter des expressions noires, etc. Mais il ne parle plus le "Black English" qu'il n'a bien entendu jamais connu par sa famille.11_obama_lg

Une autre chose tient à son style oratoire : Obama s'exprime de manière très posée, très sobre, avec peu d'"effets de manche". Par contraste, le style afro-américain est plus expressif, fleuri, métaphorique et anaphorique, et emprunte beaucoup à l'art oratoire des pasteurs baptistes. Dans les églises noires, l'émotion est sollicitée, bienvenue, et est une manière de se rapprocher de Dieu. La transe est même possible, signe d'une Inspiration divine. La répétition des mêmes mots ou des mêmes phrases (l'anaphore) peut plonger les fidèles dans un état particulier, où le corps, animé d'une vie propre, prie autant que l'esprit.
Au plan du style, Obama n'a donc pas grand chose à voir avec Martin Luther King. L'un est plutôt froid, cérébral ; l'autre lyrique et exalté. L'un contrôle ses émotions et millimètre ses propos ; l'autre laissait aller son inspiration à partir d'un verset biblique, et, sans jamais perdre de vue l'objectif du discours ou du sermon, se lançait dans des improvisations haletantes.

A la limite, Bill Clinton est parfois plus proche du style afro-américain que Obama ; l'ancien président aime à jouer de son accent sudiste, use d'expressions afro-américaines – à tel point que Toni Morrison le considérait comme le premier président noir --, et fait en général plein de clins d'œil au monde noir. Ce qui n'est pas le cas du nouveau président, dont l'hexis corporel rappelle plus John Kennedy.

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07 novembre 2008

Au delà du symbole

Voici un article que j'ai publié dans "Libération" le jeudi 6 novembre.

N'eût été la personnalité exceptionnelle, à tous les égards, de Barack Obama, son élection à la Maison Blanche pourrait ne relever que de l'alternance, finalement banale dans l'histoire politique du pays, entre Républicains et Démocrates. Il est cependant possible qu'elle signale bien plus que le retour des Démocrates au pouvoir après huit ans d'administration Bush : elle traduirait alors un grand basculement de la politique américaine, comparable dans son ampleur aux deux précédents de 1933 et 1980.
L'arrivée au pouvoir de Roosevelt en 1933 survint au pire moment de la Grande Dépression. Celle-ci le poussa à accroître considérablement l'intervention de l'Etat dans les affaires économiques et sociales du pays, en rupture avec le laissez faire de Hoover. Après une tentative d'encadrement dirigiste de la production, l'Etat du New Deal se tourna franchement vers une politique keynésienne de soutien du pouvoir d'achat ouvrier. Il devint pourvoyeur d'emplois par millions, réorganisa le système bancaire, réforma le droit du travail, créa la sécurité sociale, etc. Sous Johnson, dans les années 1960, le libéralisme américain atteignit son apogée, avec des programmes d'assurance maladie pour les pauvres et certaines personnes âgées. roosevelt

La politique du New Deal resta politiquement hégémonique jusqu'à la fin des années 1970, en associant anticommunisme et progressisme. Il y eut certes, dans ce laps de temps, des présidents républicains, mais ils ne remirent pas en cause le consensus libéral. Même un Nixon, à la rhétorique politique pourtant agressive, développa les activités de l'Etat régulateur dans de nombreux secteurs. Le conservatisme se reconstruit progressivement à partir de la fin des années 1960, via des fondations et des revues intellectuelles ou s'élaborèrent les thèmes de la dérégulation et des baisses d'impôts en économie ainsi que d'une politique étrangère musclée pour diffuser la démocratie dans le monde.
Le retour des conservateurs au pouvoir, déterminés à liquider le New Deal, s'opéra avec Reagan, élu grâce à l'abandon du Parti démocrate par une partie de la classe ouvrière blanche alors que les difficultés de l'Etat providence s'accroissaient. L'hégémonie politique était passée dans le camp républicain. Les mandats de Bill Clinton ne la remirent pas profondément en cause — pas plus que Tony Blair, en Grande-Bretagne, ne mit à l'encan l'héritage de Thatcher. En accord avec la majorité républicaine au Congrès, Clinton réforma profondément les programmes d'assistance aux pauvres (welfare), tout en refusant de démanteler la sécurité sociale. Il théorisa un "nouveau progressisme" à mi-chemin du libéralisme new-dealien et du conservatisme. George W. Bush donna un coup de gouvernail à droite toute, en lançant son pays dans la guerre et en accentuant les baisses d'impôts favorables aux plus riches.
Jusqu'à ces derniers mois, Obama, par son positionnement centriste et prudent, se situait dans la lignée de Bill Clinton. Il est clair que pendant les primaires, c'est sa personnalité, plutôt que ses propositions, qui électrisèrent les électeurs démocrates et lui permirent de distancer Hillary Clinton.
Mais voilà qu'une invitée de dernière minute a bouleversé la campagne présidentielle : la crise systémique du capitalisme financier américain. Elle a jeté une lumière crue sur le désarroi politique et intellectuel du Parti républicain, incapable, et pour cause, de formuler une critique claire des années de dérégulation à marche forcée qui viennent de s'écouler, et d'apporter des réponses aux millions d'Américains qui ont perdu leur maison et leur retraite. Comme Roosevelt en 1932, Obama a admirablement profité de la situation : non seulement en fustigeant à juste titre l'administration Bush et ses héritiers, mais aussi en gauchisant son discours par l'insistance mise dans le rôle redistributeur et régulateur de l'Etat, ce dont il parlait moins pendant les primaires. La crise lui a permis d'être plus audacieux.Obama
Les Démocrates sont aujourd'hui en situation de reprendre la main, par l'élection d'Obama et par un nouveau magistère dans le champ des idées politiques, déserté par des Républicains réduits, dans les derniers jours de la campagne, à une surenchère de propositions peu crédibles et aux discours venimeux et pathétiques de McCain et Palin. Cela ne signifie pas un retour à la politique libérale des années 1930-1970, mais l'invention d'une nouvelle réforme, capable de réduire les inégalités qui s'accroissent depuis trente ans et ont pris avec Bush une forme saisissante. Le système d'éducation secondaire public des quartiers pauvres est en ruine, les études supérieures sélectives sont devenues inaccessibles à la classe moyenne paupérisée. La mobilité sociale a faibli, tandis que les difficultés du quotidien sont devenues aiguës : pour les 47 millions d'Américains qui n'ont pas d'assurance-maladie par exemple, et pour les millions d'autres qui doivent arbitrer entre un crédit immobilier, les études des enfants et des frais médicaux. Un immense chantier de reconstruction sociale attend le nouveau président.
Obama est déjà entré dans l'histoire américaine en tant que symbole : il est le premier président noir des Etats-Unis, ce qui est en soi une nouvelle enthousiasmante. Il sera un président qui ne cherchera plus à jouer cyniquement sur les divisions raciales et sociales : dans son pays, ce n’est pas rien ! Mais cela ne suffit pas. Il lui reste à être aussi le grand président réformateur dont son pays a besoin. Son programme en donne l'espoir. On ne saurait prétendre à coup sûr que la politique ultra-libérale, contraire aux intérêts de la majorité des Américains, en place selon des modalités plus ou moins brutales depuis 1980, est sur le point de disparaître ; mais enfin, c’est une vraie possibilité, et c’est pourquoi il est bien légitime, au-delà du symbole qu'il incarne si dignement, de se réjouir de l’élection de cet homme-là.

Photo : Franklin D. Roosevelt, président des Etats-Unis entre 1933 et 1945.


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06 novembre 2008

les larmes de Jesse

L'image restera : Jesse Jackson, en larmes, à l'annonce de l'élection d'Obama. Pour beaucoup d'Américains, surtout des Noirs américains mais pas seulement, loin de là, la victoire si nette et si belle d'Obama ne les projette pas d'un coup dans le futur, dans une Amérique qu'ils rêvent plus douce, plus juste. Dans les premiers instants, elle fait surtout surgir les fantômes du passé, elle ressuscite avec une force incroyable les souvenirs, les histoires racontées par les parents, les grands-parents et tous les autres dans le lointain de l'histoire. Ce dont ils parlent spontanément, c'est d'hier plutôt que de demain. Jackson pleurant, c'est le vieux militant qui se rappelle les droits civiques, une vie d'homme consacrée à eux.

Jesse Jackson est né en 1941 dans cette Caroline du Sud corsetée dans la camisole de la ségrégation. Elevé par sa mère adolescente remariée (son père biologique, boxeur professionnel, était parti refaire sa vie ailleurs). Bon élève, il part étudier à l'université d'Illinois avant de revenir, pour des raisons un peu obscures, dans le sud, dans une petite université technique de Caroline du Nord. Puis il part à Chicago suivre des cours de théologie, qu'il abandonne en 1966 pour se consacrer au militantisme (il fut ordonné pasteur en 1968). En 1966, son travail principal consistait à organiser la SCLC (l'association de King) à Chicago, ville dure parmi les dures du point de vue des relations raciales. Puis il repart dans le sud, avec King, fin 1966. Ses qualités de militant sont évidentes, avec ses limites aussi. En tout cas, il est à Memphis le 4 avril 1968 lorsque King est assassiné. En fait, Jackson était au rez-de-chaussée du motel Lorraine, au moment du coup de feu fatal, en fin d'après-midi. Il a ensuite affirmé que King était littéralement mort dans ses bras, ce qui n'est pas exact, pas plus qu'il ne fut la dernière personne à qui le mourant parla. Bref, Jackson a toujours eu une tendance sérieuse à se promouvoir et à exagérer les choses. Il n'empêche qu'il a aussi été un militant énergique et courageux, un orateur charismatique capable d'user de métaphores saisissantes, en même temps qu'un politique légendairement mal organisé (il aurait fait un très mauvais président). Un long portrait biographique de Jackson se trouve dans le New York Times du 29 novembre 1987.Lorraine

Pour revenir à la journée d'hier, ses larmes n'étaient pas feintes : il pensait peut-être à son enfance à l'arrière des bus, à la cour d'école boueuse où il jouait (à côté, l'école des Blancs avait une pelouse), à coup sûr à ses années avec le "docteur King" comme les gens de son âge disent, au motel Lorraine aussi, et puis encore à ses propres tentatives d'obtenir l'investiture démocrate à l'élection présidentielle (1984 et 1988), lorsqu'il essaya, en vain, de construire une coalition de minorités bien trop à gauche pour gagner. Il pensait à l'histoire, et bien d'autres faisaient de même. Ce que nul n'osait imaginer il y a peu, ce que Martin Luther King n'envisageait ni de son vivant, ni de celui de ses enfants, est donc arrivé.

Les paroles d'espoir de King, qui n'y renonce jamais, même dans les moments les plus sombres de sa vie : "Espérons tous que les sombres nuages du préjugé racial seront vite chassés et que le lourd brouillard de l'incompréhension se dissipera sur nos communautés possédées par la peur, de sorte qu'en un lendemain pas trop lointain, les lumineuses étoiles de l'amour et de la fraternité brilleront au-dessus de notre grande nation, dans toute leur scintillante beauté".

Photo : Jackson, King et Abernathy sur le balcon du motel Lorraine, le 4 avril 1968, quelques heures avant l'assassinat de MLK.

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05 novembre 2008

"pourquoi nous trouvons si difficile d'attendre"

Eh bien c'est fait. Obama est président des Etats-Unis (j'écris cela comme pour bien m'en persuader : j'ai eu beau expliquer de multiples fois pourquoi il ne pouvait être battu, le fait de son élection m'emplit de stupeur, d'émotion, de bonheur). Obama est président des Etats-Unis. On a vu ces images proprement incroyables d'une famille noire sur un podium de Chicago. Un président, une "first lady", deux fillettes. Autour de moi, j'étais dans un studio de télévision, les journalistes regardaient, silencieux, médusés.martin_luther_king_son

Il va falloir du temps pour analyser les résultats -- je commence à collecter les données --, pour envisager les conséquences, et ce que cela signifie pour les Américains et les autres. Qui à voté pour quoi, ou, pourquoi : on a des idées, mais on manque encore de données fines. Et puis envisager ce que Obama fera : comment mettra-t-il en oeuvre son programme réformateur ? selon quel calendrier, quelles contraintes, etc.

Mais pour l'instant, il y a ce fait-là. En 1961, année de naissance de Obama, la moitié des Noirs américains ne pouvaient pas voter. Et celui-là : King ne croyait pas à un président noir avant un siècle. Encore celui-là : le président américain est né d'un père musulman kenyan, a passé les premières années de sa vie en Indonésie. Et aussi : Barack Hussein Obama.

Je songeais à un texte de Martin Luther King pour saluer l'élection de cet homme-là. Voici donc un extrait de sa lettre de la prison de Birmingham, écrite au printemps 1963 :

"Depuis des années, j'entends ce mot : "attendez !" Il résonne à mon oreille, comme à celle de chaque Noir, avec une perçante familiarité. Cet "attendez !" a presque toujours signifié : "jamais !" Mais quand vous avez vu des populaces vicieuses lyncher à volonté vos pères et mères, noyer à plaisir vos frères et sœurs ; quand vous avez vu des policiers pleins de haine maudire, frapper, brutaliser et même tuer vos frères et sœurs noirs en toute impunité ; quand vous voyez la grande majorité de vingt millions de Noirs étouffer dans la prison fétide de la pauvreté, au sein d'une société opulente ; quand vous sentez votre langue se nouer et votre voix vous manquer pour tenter d'expliquer à votre petite fille de six ans pourquoi elle ne peut aller au parc d'attractions qui vient de faire l'objet d'une publicité à la télévision ; quand vous voyez les larmes affluer dans ses petits yeux parce qu'un tel parc est fermé aux enfants de couleur ; quand vous voyez les nuages déprimants d'un sentiment d'infériorité se former dans son petit ciel mental ; quand vous la voyez commencer à oblitérer sa petite personnalité en sécrétant inconsciemment une amertume à l'égard des Blancs ; quand vous devez inventer une explication pour votre petit garçon de cinq ans qui vous demande dans son langage pathétique et torturant : "Papa, pourquoi les Blancs sont si méchants avec ceux de couleur ?" ; quand, au cours de vos voyages, vous devez dormir nuit après nuit sur le siège inconfortable de votre voiture parce qu'aucun motel ne vous acceptera ; quand vous êtes humilié jour après jour par des pancartes narquoises : "Blancs", "Noirs" ; quand votre prénom est "négro" et votre nom "mon garçon" (quel que soit votre âge) ou "John" ; quand votre mère et votre femme ne sont jamais appelées respectueusement "Madame" ; quand vous êtes harcelé le jour et hanté la nuit par le fait que vous êtes un nègre, marchant toujours sur la pointe des pieds sans savoir ce qui va vous arriver l'instant d'après, accablé de peur à l'intérieur et de ressentiment à l'extérieur ; quand vous combattez sans cesse le sentiment dévastateur de n'être personne ; alors vous comprenez pourquoi nous trouvons si difficile d'attendre."

Photo : Martin Luther King et l'un de ses fils.


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03 novembre 2008

la foule des gueux

La ville de Chicago se prépare à la soirée électorale la plus folle de son histoire. Obama est le premier élu de Chicago à briguer la présidence américaine (Lincoln était aussi élu de l'Illinois, mais était établi à Springfield, au sud de l'Etat, et Reagan, autre natif de l'Illinois, a bâti sa carrière d'acteur et de politique en Californie), et la population espère fêter comme il se doit l'élection de son sénateur favori. Pour cela, un parc en bordure du lac Michigan a été réservé, et c'est là que Obama fera son discours de nouveau président ou de battu. Mais la mairie de Chicago s'inquiète : et si l'élection d'Obama déclenchait une ruée des habitants noirs des quartiers pauvres du sud de la ville vers le centre-ville ? On encourage les gens à fêter l'élection dans leurs quartiers respectifs, mais on redoute l'invasion des quartiers chics par une populace, qui pourrait se croire chez elle !Jackson

Cette grand peur, qui signale l'ambiguité du processus électoral, trouve un écho lointain avec l'élection à la présidence d'Andrew Jackson, en 1828. Né en 1767 dans une famille modeste, Jackson était un général, un dur à cuire surnommé "Old Hickory", qui traîna ses guêtres dans la guerre de 1812 contre l'Angleterre, les guerres contre les Indiens séminoles, avant son entrée en politique en 1822 comme sénateur du Tennessee. Dans la foulée, il se présenta à l'élection présidentielle de 1824, qu'il perdit de peu (cette élection fut la première à être au suffrage universel masculin). Il prit sa revanche en 1828, en étant élu 7e président des Etats-Unis -- après une campagne très brutale, où sa femme fut accusée de bigamie, ce qui la tua (l'accusation, pas la bigamie). Président démocrate, Jackson fut le premier président à ouvrir les portes de la Maison Blanche au public à l'occasion de la cérémonie d'inauguration, le 4 mars 1829. La foule des gueux s'y précipita : la demeure fut envahie, les souliers boueux tâchèrent les tapisseries et les fauteuils, la vaisselle fut cassée. On dit qu'il fallut verser de l'alcool dans des baignoires transportées sur la pelouse pour faire sortir les fêtards ! Scandale à la Maison Blanche, titrèrent les journaux le lendemain… Aujourd'hui, cette anecdote est regardée d'un œil bienveillant par les Américains, qui voient dans l'apparition tonitruante du peuple la démocratisation de la vie politique et l'appropriation de ses symboles.

Et si l'élection d'Obama se traduisait par une foule de gueux dans des endroits qu'ils ne fréquentent pas d'habitude, comme la très chic Michigan Avenue, le "Magnificent Mile" en plein centre-ville ? Ah, mais la police de Chicago, réputée pour avoir la main lourde, veille au grain…

image : gravure représentant la foule devant la Maison Blanche en mars 1829, à l'inauguration du nouveau président.

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02 novembre 2008

chronique d'une victoire annoncée

A trois jours de l'élection, les sondages répondent invariablement de la même manière : Obama sera élu président. Il existe certes des variations selon les enquêtes, mais en considérant les hypothèses les plus pessimistes pour Obama, celui-ci sort quand même vainqueur du scrutin. Une mobilisation des électeurs républicains à la dernière minute ? Cela ne suffit pas pour McCain. Une désaffection d'électeurs blancs qui ne se font pas à l'idée de voter pour un homme noir ? Cela ne suffit pas. Les électeurs indécis qui décident en bloc de voter républicain ? Non plus. Des sondages qui se tromperaient en bloc ? Il y en a vingt par jour, avec des échantillons différents, des redressements différents. AUCUN n'a donné McCain vainqueur, c'est aussi simple que cela. Il y a quatre ans et huit ans, les sondages étaient très serrés, bien en-deça de la marge d'erreur. Il faut remonter à l'élection de Clinton en 1996 pour avoir des sondages aussi nets. Dans l'ensemble, les sondages de présidentielles américaines ne se trompent pas (sauf en 1948, comme j'ai déjà eu l'occasion de l'expliquer).

Bref, en dépit des prudences journalistiques (qui tiennent souvent à un suspens qu'il s'agit de maintenir pour l'audience), il est raisonnable de dire que Obama sera presque certainement élu président le 4 novembre au soir. La possibilité qu'il le soit avec une marge énorme en grands électeurs est infiniment plus grande que la possibilité qu'il soit battu. Le suspense se résume donc à ceci : quelle sera la marge d'avance de Obama ?

Le problème principal pour Obama et ses troupes consiste à faire voter les électeurs. Leur potentiel électoral est très supérieur à celui de McCain. Mais encore faut-il que les électeurs aillent voter. Or, du côté démocrate, la mobilisation est historiquement moins bonne, en raison des caractéristiques sociologiques de cet électorat. Les Démocrates sont en moyenne plus jeunes que les Républicains. Or plus on est âgé, plus on vote (c'est vrai aussi en France). D'où l'effort mené pour inscrire les jeunes sur les listes électorales. En outre, l'électorat démocrate est en bonne partie composé de personnes à revenus modestes, surtout dans les minorités. Là aussi, la question de la participation électorale se pose : plus les revenus sont faibles, moins on vote, en raison d'une plus grande indifférence aux débats politiques, de difficultés de vie qui font passer le devoir électoral au second plan, mais aussi de l'impossibilité de voter. Les quartiers pauvres des villes ont moins de bureaux de vote que les autres quartiers, il faut attendre longtemps, ce qui n'est pas toujours facile quand on travaille, ou que l'on garde des enfants. Dans le Sud des Etats-Unis, encore marqué par les vieilles pratiques de ségrégation, il arrive que des électeurs noirs soient refoulés des bureaux de vote, au motif qu'ils n'ont pas les papiers nécessaires (c'est ce qui s'est passé dans le nord de la Floride il y a quatre ans). Dernier élément : la démobilisation de l'électorat, à l'annonce d'une victoire attendue… Le matraquage publicitaire actuellement opéré par Obama n'a pas pour fonction de décider les électeurs : dans leur immense majorité, c'est déjà fait. Il vise surtout à rappeler aux Démocrates qu'il faut voter, si possible en avance.

Par contraste, l'objectif des Républicains est double : que l'électorat déjà convaincu par McCain aille bien voter (c'est faisable) ; et que des masses d'électeurs indécis ou favorables à Obama changent d'avis (c'est trop tard). L'horloge des douze coups de minuit s'apprête à sonner. Les jeux sont faits.

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30 octobre 2008

Ca va mieux pour qui ?

On me demandait l'autre jour si la situation des Noirs américains s'est améliorée depuis les années 1960. La réponse est nuancée : tout dépend pour qui. Grosso modo, cela va bien mieux pour certains ; et moins bien pour d'autres.9507__photo_american_gangster__05_21

Commençons par ce qui va mieux : l'essor de la classe moyenne noire grâce à l'affaissement de la ségrégation spatiale et aux programmes d'affirmative action. L'affirmative action a eu pour effet social principal de consolider la classe moyenne noire en lui agrégeant des éléments qui n'étaient pas trop éloignés d'elle. Celle-ci, réduite et fragile dans les années 1960, s'est socialement élargie, est désormais économiquement stabilisée et dispose de ressources politiques notables. Il existe un débat ancien entre sociologues américains à propos de la solidité de cette classe moyenne. Le point de vue plutôt optimiste de William Julius Wilson, à la fin des années 1970, selon lequel la classe moyenne noire était "sauvée", a été contredit par d'autres sociologues qui ont insisté sur le "plafond de verre" dans les entreprises, sur les écarts de revenus entre jeunes diplômés noirs et blancs qui ont recommencé à croître à partir des années 1980, et sur la minceur du capital économique et symbolique de la classe moyenne noire. En dépit de ces nuances, il est incontestable que cette classe moyenne amélioré ses positions sociales. Mais le pari, par cette politique, était que la classe moyenne noire allait jouer un rôle moteur dans le progrès de l'ensemble de la communauté noire. Or ce pari a été perdu.

En effet, l'affirmative action n'a pas réduit la grande pauvreté et l'isolement politique des Noirs des ghettos. Pire même : la dislocation sociale des ghettos américains s'est aggravée au moment même où la classe moyenne noire améliorait sa situation. On a donc assisté à une dissociation forte entre une classe moyenne noire qui, grâce à l'affirmative action, a su profiter de l'ouverture du système économique pour se tailler des situations sociales convenables, et une classe prolétaire noire, l'underclass, catastrophiquement fragilisée par trois phénomènes.

Le premier consista en la baisse des emplois peu qualifiés dans les centre-villes, liée au déplacement des activités manufacturières hors des agglomérations. Les villes ont offert des emplois de plus en plus qualifiés, tandis que les emplois non qualifiés étaient désormais hors d'atteinte géographique pour les jeunes Noirs et Hispaniques déscolarisés. Leur taux de chômage a explosé, ce qui a favorisé l'essor des activités délictueuses et criminelles, en particulier le commerce de la drogue.

Le second phénomène est que les classes moyennes ont quitté les ghettos. Tant qu'elles étaient là, il subsistait encore des institutions viables (écoles, églises, magasins) qui tiraient leur stabilité et leurs revenus de la présence de familles salariées tout en bénéficiant également aux plus pauvres. En outre, pour les enfants, l'existence de personnes à revenu stable, tiré de formes de travail conventionnelles, fournissait une référence sociale. Le tampon social de la classe moyenne du ghetto disparut dans les années 1970. L'isolement croissant de ceux qui restaient a fait que la recherche du travail ouvrier, qui s'appuyait traditionnellement sur des réseaux familiaux et communautaires, est devenue plus difficile encore. Les normes de comportement associées au travail (être à l'heure par exemple) se sont perdues.

Le troisième phénomène est que le nombre de mères seules noires augmenta fortement, ce qui fragilisa économiquement les familles noires en question. En 1940, 18 % des familles noires étaient monoparentales (dirigées par la mère), puis 28 % en 1970, 42 % en 1983, 70 % aujourd'hui (contre 35 % pour les familles blanches). Plusieurs explications sont possibles à un phénomène qui fait l'objet de controverses assez vives. Ce qui est certain est que le taux de chômage des hommes joue un rôle, puisqu'il limite leur capacité à faire vivre une famille. Une autre hypothèse est également discutée : la raréfaction des hommes sur le marché matrimonial. Ceci, en raison de facteurs objectifs (le nombre de jeunes hommes noirs tués ou en prison) et subjectifs : on a noté le faible pourcentage de jeunes hommes noirs qui souhaitent se marier, en supposant que leur grande fragilité économique les rendait très circonspects à l'égard d'un engagement marital. En tout cas, le vivier d'hommes noirs disponibles est bien plus faible que le vivier d'hommes blancs (le taux de mariages mixtes étant de 17 % environ, l'essentiel se joue à l'intérieur des groupes raciaux).

image : photo du film "American Gangster" avec Denzel Washington, qui raconte l'arrivée massive de la drogue à Harlem dans les années 1970.


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29 octobre 2008

Devine qui vient dîner ce soir ? un président noir...

Quelques mots d'histoire pour prolonger le précédent post, à propos des lois interdisant les mariages dits mixtes, aux Etats-Unis. Ces interdictions procédaient d'une obsession, celle de la miscegenation, c'est-à-dire le mélange des races, tant on craignait, à l'instar de Gobineau, la contamination raciale de la race supérieure. Cela est évidemment paradoxal, dans la mesure où, pendant l'esclavage, les relations sexuelles par contrainte étaient courantes entre maîtres et femmes esclaves. Les enfants qui naissaient de ces viols étaient des esclaves à peau claire (il pouvait arriver, comme Jefferson sur son lit de mort, qu'on les affranchît, mais c'était rare). C'est la raison pour laquelle, contrairement à ce qu'on pourrait spontanément penser, Gobineau était opposé à l'esclavage : non en raison de principes moraux, mais parce qu'il accélérait, selon lui, le métissage qui lui faisait tant horreur. Comme quoi, il y avait mille et une manières d'être abolitionniste !guess

Bien avant Gobineau (traduit très rapidement aux Etats-Unis à la fin des années 1850) des lois interdisant les mariages dits "mixtes" existaient dans la plupart des Etats du Sud (dès le 18e siècle pour certains), puis elles se généralisèrent par la suite pour concerner vingt-neuf Etats (en pratique tous ceux dont la population noire dépassait 5 %). Il était laissé à l'appréciation de chaque Etat le soin de déterminer qui était une personne de couleur et qui ne l'était pas. En Caroline du Nord, l'appréciation de la présence de "sang noir" était visuelle, tandis qu'en Virginie voisine, un pourcentage précis était stipulé : en l'occurrence un quart de "sang noir". Chaque Etat ajoutait des précisions plus ou moins baroques : en Arizona, le mariage était tout simplement interdit aux mulâtres, tandis que le Mississippi, le Missouri, l'Oregon et l'Ohio prohibaient le mariage entre Blancs et "Mongols" ; entre Blancs et "Coréens" dans le Dakota du Sud, ces derniers étant remplacés par les "Hindous" en Arizona, par les "Chinois", "Japonais" ou "Philippins" ailleurs ! Dans le cas d'Obama, ses parents se rencontrèrent à l'université d'Hawai, où ils étaient étudiants. C'est là qu'ils se marièrent, parce que l'Etat d'Hawai a une tradition libérale en la matière.

C'est seulement en 1967, comme je l'écrivais, que la Cour suprême légiféra. Cela, à la suite de l'affaire Loving : les époux Loving (femme noire et homme blanc) s'étaient rencontrés en Virginie, où ils vivaient, et s'étaient mariés en 1958 là où ils pouvaient le faire, en l'occurrence à Washington, la capitale fédérale. De retour en Virginie, ils furent arrêtés au motif qu'ils dormaient dans le même lit, et furent rapidement condamnés à un an de prison, révocable s'ils acceptaient de quitter l'Etat. Ils déménagèrent donc à Washington en 1959. Mais ils n'avaient pas renoncé : avec l'aide d'associations et d'Eglises, ils lancèrent des procès contre l'Etat de Virginie. D'appel en appel, la Cour suprême des Etats-Unis fut amenée à se prononcer, et déclara unanimement que la loi virginienne violait la Constitution américaine (le 14e amendement en l'occurrence). On nota par la suite un accroissement remarquable du nombre de mariages "mixtes" dans le pays. En 1967 toujours, le film "Devine qui vient dîner ce soir", avec Sidney Poitier, Katharine Hepburn, Katharine Houghton et Spencer Tracy, raconte l'histoire d'un couple "mixte" qui vient dîner chez les parents de gauche (mais opposés au mariage) de la jeune fille blanche. Un joli film, subtil, merveilleusement en phase avec l'histoire. Dans le cas des grands-parents d'Obama, ceux-ci acceptèrent facilement leur gendre noir. Une famille particulièrement tolérante et humaine, des qualités qui semblent bien avoir été transmises à l'enfant né en 1961.

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